Le langage a surgi et surgit encore de l’être humain qui est plongé dans le réel. Le réel et l’être humain donnent ensemble forme au langage.
Si on récuse le réel, le langage fonctionne en circuit fermé. Le discours ne produit que des effets de langage : c’est la position des sophistes. Mais il faut alors rendre compte du fait que le langage lui-même a ses règles. Car il y a des assemblages de mots qui sont permis pour produire un discours et d’autres non : la grammaire régit, en particulier, cet état de fait et un discours doit tenir compte des contraintes de la langue (en particulier, de la contrainte sémantique) et du réel.
Comme aujourd’hui le langage et un de ses dérivés, le langage des sciences, permet de modéliser un « réel », de l’expliquer, de le comprendre voire de l’utiliser, la position qui consiste à récuser le réel n’apparaît pas tenable. Il y a beaucoup de signes qui indiquent le contraire.
Dans ce cadre, le langage n’est pas un système clos sur lui-même ; il renvoie bien à un au-delà de lui-même ce qui permet de fonder une notion intuitive de réel. En fait, récuser le réel risque d’être une fausse voie ou à tout le moins une voie extrêmement difficile à penser (on peut penser ici à la voie du non-être que récusait Parménide).
LA PUISSANCE DU LANGAGE
Le langage est ici notre compagnon. Le langage a ses limites, mais il a aussi une puissance singulière. Il permet de « fabriquer » un « univers » qui naît dans la sphère du langage. Certains discours seront plus ou moins vrais et d’autres illusoires. Il est essentiel d’avoir conscience de ce point quand on veut affermir un discours sur le réel. Car naturellement, un tel discours ne veut pas être illusoire.
Cette réflexion sur le discours est bien pertinente. Car l’être humain est souvent à cheval entre le réel et l’illusion. Il arrive même qu’il prenne l’un pour l’autre.
DU SENS
Face à un discours, l’être humain veut généralement lui trouver un sens qui renvoie au réel : pour ce faire, il va, par exemple, le métaphoriser, l’allégoriser ou lui conférer un caractère poétique.
Une « torsion » éventuelle sur un discours peut faire que ce discours renvoie au réel. Ceci nous autorise à cheminer avec beaucoup d’espoir pour retirer la moelle de tout discours et éviter qu’il ne soit que délire. Ceci concerne, en particulier, des discours que l’on pourrait considérer comme imaginaires. Ainsi d’une certaine façon, tout discours peut être compris comme renvoyant au réel.
De ce fait, nous ferons nôtre la position de Protagoras : tout discours est vrai ainsi que son contraire. Cela suppose bien sûr de prendre des points de vue différents et peut-être de donner aux mots des sens différents. Cela relativise étonnamment le contenu même de ce site.
Généralement, pour débrouiller un discours obscur ou assez retors, il faudra un discours plus étoffé. C’est là la marque d’un plus grand imaginaire et d’un travail à effectuer sur le langage pour comprendre et interpréter ce discours alors qu’un discours simple aura souvent l’évidence de sa formulation.
DES LANGAGES DIVERS
L’être humain a à sa disposition une multiplicité de langages, dont le langage naturel, qui lui sont légués dans le cadre de l’expérience humaine. Chacun de ses langages permet une approche du réel.
Dans un premier temps, il doit s’approprier ces langages : ceci se fait par l’expérience de ces langages. D’une certaine façon, le langage est un filtre par lequel on rend compte du réel : il propose une voie d’approche du réel qui « moule » la vision du réel.
Notre investigation du réel passe dans ce site par le langage naturel. C’est le chemin du dire et du redire.
Sur ce chemin, François Varillon nous met sur la voie :
« N’allez pas dire que je suis un intellectuel ; autrement, j’aurais vite fait de vous montrer que c’est vous qui l’êtes. Car celui qui est intellectuel au mauvais sens du mot est celui qui utilise des mots usés jusqu’à la corde sans les casser. Il faut casser les mots, comme on casse une tirelire ou un oeuf de Pâques pour voir ce qu’il y a dedans. Je vous oblige à casser les mots, c’est indispensable. »
De la même façon que la physique explore le réel au moyen des accélérateurs de particules, de même il faut casser le langage.
Abordé « en situation », c’est-à-dire en relation avec l’être humain et le réel, le langage peut être un chemin de vérité. Casser le langage, pour voir ce que les mots et les phrases recèlent, c’est alors faire rayonner la vérité.
LE LANGAGE NATUREL
Le langage s’est construit au cours de l’histoire humaine. Chaque individu se l’approprie et l’intériorise : le langage est ainsi aussi « reconstruit » au niveau individuel.
Vouloir retrouver les étapes de cette construction n’est pas une tâche aisée, surtout quand elles se perdent dans les brumes du temps historique et personnel.
Dans un dictionnaire, les mots sont définis les uns par les autres. Ils font partie d’un code commun à tous. Chaque mot est défini par un discours.
Dans l’intériorité, ce sont les symboles qui s’enchevêtrent.
Livrer l’intériorité, c’est raconter ses symboles : c’est organiser les mots en phrases. La narration, c’est-à-dire le discours, construit le sens, mais sert aussi à préciser ou à affermir un sens préexistant et relatif à une l’expérience. Là, il importe de vouloir parler juste.