A propos du réel

Le Voir

mardi 3 mars 2009, par reel

L’homme est un « point de vue », mais il peut « avoir » plusieurs point de vue pour considérer le réel et même ces points de vue peuvent changer au cours de sa vie.

Nous dirons que ce qui supporte un point de vue, c’est la « vision ». Il apparaît donc que l’être humain peut avoir différentes « visions » du réel et même changer de « vision ». Les toltèques parlent à ce sujet de « déplacement du point d’assemblage ».

Un changement de symbolique (c’est-à-dire d’organisation de l’intériorité humaine, de ses symboles ou d’un ensemble de ses symboles) et la vision du réel change (on peut penser en particulier ici à la symbolique d’une tradition). Il semble donc qu’il y ait un lien immédiat entre « vision », symbole et symbolique.

DES VOIRS DIVERS

L’être humain a à sa disposition une multiplicité de voirs, dont le voir conventionnel mais aussi des voirs portés par des traditions. et des cultures qui lui sont légués dans le cadre de l’expérience humaine. Chacun de ses voirs permet une approche du réel.

L’être humain peut s’approprier certains de ces voirs : ceci se fait d’abord par l’expérience de ces voirs. Mais l’étude des voirs peut être fructueuse.

Avec les voirs, il importe de vouloir vivre juste.

DEMULTIPLER L’EXPERIENCE

Il peut être intéressant de « démultiplier » notre expérience. On peut ainsi décider d’interroger l’histoire humaine et alors bénéficier de tout un ensemble de témoignages de personnes qui nous ont précédés ou qui sont nos contemporains.

En effet, il serait absurde de faire table rase des traditions humaines et du savoir humain. Cela permet de ne pas se limiter à sa propre expérience d’autant que l’on a pas tout à réinventer et que la vie humaine est courte. Cela va influencer évidemment notre prise de conscience et toute notre relation au réel. Alors, il est possible de se laisser interpeller et d’enrichir ainsi sa propre compréhension. C’est ici qu’il est toujours intéressant de « critiquer » sa propre compréhension. C’est une marche en tension qui doit être rapportée à sa propre expérience.

Il y a là un aspect crucial de cette approche : peut-on faire confiance à ce qui est rapporté par des hommes ? Il faut ici évaluer (en faisant résonner ce qui est dit dans notre intériorité) et, le cas échéant, faire confiance.

EVALUER ET FAIRE CONFIANCE

Dans l’expérience démultipliée, on peut poser un acte de confiance : je fais confiance à d’autres hommes quant à ce qui m’importe le plus dans ma vie. Cet acte de confiance n’est pas anodin. Faire confiance me décentre de moi-même, je reçois aussi d’autres ce qui est au cœur de ma vie. Ce décentrement m’évite de m’enfermer dans ma propre vie.

LE VOIR CONVENTIONNEL

Le voir conventionnel s’est construit au cours de l’histoire humaine. Chaque individu se l’approprie et l’intériorise : la culture est ainsi « intériorisée » au niveau individuel.

Vouloir retrouver les étapes de cette construction n’est pas une tâche aisée, surtout quand elles se perdent dans les brumes du temps historique et personnel.

LA PUISSANCE DU VOIR

Un voir permet un point de vue. Avec le voir, nous avons un outil puissant qui permet d’utiliser la puissance de l’intériorité en faisant vibrer ses symboles.

Un symbole (qui peut être, en particulier, un mot ou une image) a un champ plus vaste, qui n’est jamais défini avec précision, ni pleinement expliqué. Personne d’ailleurs ne peut espérer le faire.. Lorsque l’esprit entreprend l’exploration d’un symbole, il est amené à des idées qui se situent au delà de ce que notre raison (le voir conventionnel) peut saisir.

Le voir nous permet entre autres choses d’explorer maintenant les mots en les « cassant ». Sur ce chemin, François Varillon nous avait mis sur la voie :

« Il faut casser les mots, comme on casse une tirelire ou un oeuf de Pâques pour voir ce qu’il y a dedans. Je vous oblige à casser les mots, c’est indispensable ».

Donc notre démarche est de casser le langage… à partir d’une vision elle-même exprimée dans le langage.

Pour qualifier le voir, nous allons le « casser » : c’est-à-dire « voir » le voir..

VOIR LE VOIR

Le voir utilise la puissance de l’intériorité en faisant vibrer ses symboles. Le voir sert dans notre projet à casser les mots vus… avec les mots pour savoir ce qu’ils recèlent.

Cassons donc le mot « voir ».

Nous sommes partis de « voir » comme point de vue qualifiant l’être humain.

Pour ce faire , nous pourrions utiliser l’expérience démultipliée de certains voirs ciomme le voir chrétien, juif ou de l’Advaïta.

  • en monde juif, l’homme est à »l’image et à la ressemblance » de Dieu ;
  • en monde chrétien, l’homme est un « autre Christ » ;
  • dans le monde de l’Advaïta, l’homme est le « Je Suis », la Conscience…

Cependant, ici nous ne nous réclamerons pas d’un voir spécifique. Nous essaierons d’accéder à l’universel.

Comme nous sommes partis de « voir » comme point de vue qualifiant l’être humain, il apparaît donc « voir le voir » nous amène à répondre à la question du « Qui suis-je ? » qui est une vaste question par elle-même.

MODELE INVARIANT DES « FONDAMENTAUX »

  • Pour chacun de nous, il y a une expérience humaine.
  • Il peut être intéressant de la comprendre et de communiquer cette compréhension.
  • Le voir est un moyen puissant en ce domaine.
  • Mais voir, suppose un projet.
  • Quel est ce projet ?

  • Notre projet philosophique est de parler avec justesse de ce réel.

  • Nous allons voir le réel et produire des discours en faisant une quête des invariants pour fonder un voir fructueux sur le réel.

VOIR LE REEL

Voir le réel, c’est ainsi partir à la quête des invariants du langage dans la conscience.

PREMIER BILAN

La question du réel s’est déplacée. Ce que nous rencontrons d’abord, c’est la question du « Qui suis-je ? » et la place des « invariants » et de leur quête dans l’accès au réel.

En géométrie, un point est invariant par une transformation s’il est sa propre image par cette transformation

DEFINITION D’UN INVARIANT

Lorsqu’un modèle est explicité, on peut tenter de faire un modèle de ce modèle (c’est-à-dire un discours sur ce discours). Cela suppose une réflexion de la conscience sur elle-même.

On peut alors s’engager sur un chemin qui longe celui des modèles sans écart en considérant les modèles qui n’ont pas (ou peu) d’écart avec le modèle qu’ils étudient : ces modèles seront dits invariants.

Un modèle invariant est alors un modèle dont « l’écart avec le réel » est le plus réduit possible dans la mesure où la conscience ne peut mettre en évidence que peu d’écart d’un modèle invariant avec son modèle.

Un tel modèle invariant peut être un point d’accrochage sûr pour la conscience puisqu’il ne subit pas de distorsion dans la conscience (ou tant qu’il ne subit pas de distorsion). D’où l’intérêt fondamental de ces modèles.

Dans cette approche qui part de la conscience, la quête des invariants est prometteuse. En effet, la condition d’invariance lorsqu’elle est réalisée permet d’ancrer la conscience autour de ces noyaux durs que sont les invariants.

Ces invariants, outre qu’ils affermissent la conscience, deviennent alors des points d’ancrage privilégiés d’un discours sur le réel.

ELABORATION

Si le réel est d’abord classiquement « ce qui est », la façon humaine de voir le réel est de dire que le réel est « parlant », car il est généralement « organisé » humainement.

  • il « contient » des points de vue différents ;
  • il est aussi le lieu d’un réseau de relations et de communication (la communication peut être verbale ou non verbale). ;
  • il est « un ».

La réponse au « Qui suis-je ? » permet d’affiner le voir.

La quête des invariants est analogue à un parcours initiatique (c’est-à-dire de transformation personnelle) où il s’agit de voir les invariants rencontrés.

MODELE INVARIANT D’UN « PREMIER BILAN »

  • Question du « Qui suis-je ? » ;
  • Invariants / noyaux durs ;
  • Quête des invariants ;
  • Réel parlant quant il y a une organisation humaine du réel.

VOIR LES INVARIANTS

Ici on explore le « modèle » Invariant avec le « modèle » Voir. C’est le second véritable invariant que nous avons l’occasion de rencontrer.

Nous avons déjà vu des invariants (ou les noyaux durs de la conscience), nous les rappelons ici :

  • le voir / le point de vue ;
  • l’altérité ;
  • la relation ;
  • la communication ;
  • l’unité du réel.

Voyons ces invariants.

VOIR L’ALTERITE

L’altérité est soit communiquante, soit silencieuse (présence).

Le voir de l’altérité permet d’accéder à Dieu.

Le voir de la présence, quant à lui, permet d’accéder aux formes intelligibles du réel.

VOIR LE CHANGEMENT

Le voir du changement permet d’accéder au surgissement du réel dans le présent.

VOIR LA RELATION

Le voir de la relation permet d’accéder à l’amour.

VOIR LA COMMUNICATION

Le voir de la communication permet d’accéder à l’Esprit.

VOIR DE l’UNITE DU REEL

Le voir de l’unité du réel permet d’accéder à la structure ternaire du réel.

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